Bienvenue à l'Onera, le centre français de recherche aérospatiale |
Zoom in the Lab26 - Plasma à tout faire
Pour le grand public, le mot « plasma » évoque les téléviseurs haut de gamme. Ou, pour les plus passionnés de science, la fusion nucléaire, au sein du soleil ou dans de futurs réacteurs. Mais pour les chercheurs de l’Onera, Foudroiement Les travaux sur le foudroiement des aéronefs ont commencé à l’Onéra dans les années quatre-vingts, pour des questions de sécurité des avions en vol. « Nous nous sommes d’abord intéressés aux plasmas pour comprendre la foudre, et prévenir les conséquences du foudroiement des avions », rappelle Serge Larigaldie, spécialiste de la physique des plasmas à l’Onera. La foudre est en effet un des rares phénomènes naturels sur Terre où la matière est sous forme de plasma. Les chercheurs de l’Onera ont donc construit un générateur de décharges électriques capable de créer des phénomènes similaires à la foudre, en deux dimensions. Ils ont ainsi obtenu des éclairs "de laboratoire" d’un mètre de long, parfaitement rectilignes, qu’ils ont pu analyser précisément. En comparant les éclairs ainsi obtenus à des modèles théoriques basés sur la physique des plasmas, ils ont pu comprendre comment la foudre se propageait dans l’atmosphère. Puis comparer ces observations aux mesures de courant effectuées dans des avions instrumentés subissant la foudre.
Anti-décharge La foudre n’est pas la seule source de plasmas dangereux pour les avions. Lorsqu’un appareil traverse un nuage de givre, de glace ou de neige, ses peintures se chargent électriquement par frottement avec ces particules. Les accumulations de charge, parfois énormes, créent des étincelles électriques dont les décharges peuvent provoquer des dégâts considérables. Certains accidents non élucidés pourraient être dus à ce type de phénomène. « Pour mieux comprendre ces décharges, nous avons fabriqué un jet d’air comprimé que l’on charge électriquement avec des micro-glaçons », relate Serge Larigaldie. Aéronautique Mais Serge Larigaldie ne souhaite pas cantonner ses recherches à ces seules questions de sécurité. « J’essaie de contribuer à incorporer de la physique des plasmas dans l’aérodynamique, les radars, la combustion, et même dans la propulsion ionique de futures fusées », expose-t-il. Les plasmas pourraient par exemple diminuer la traînée d’onde en vol supersonique. En effet, le plasma, en chauffant l’air, change la vitesse du son et modifie donc ses propriétés aérodynamiques. Combustion Autre application des plasmas : la combustion. Lorsque le flux est trop fort, la flamme se « décroche » et s’éteint. L’idée est de créer un micro-plasma dans le brûleur, en appliquant une haute tension sur une pointe entourée d’un anneau recouvert d'isolant (pour éviter les arcs électriques). A chaque décharge, un jet de plasma se forme et rattache la flamme. « Avec une petite décharge, une flamme brûlant normalement à 6 centimètres du brûleur reste accrochée », indique le chercheur. Là encore, cet effet complexe n’est pas totalement compris. Il semble que l'effet induit tende à faire revenir par instants la flamme vers la sortie du brûleur. Puis lorsque la flamme rencontre le plasma, elle s’y accroche. « L’impulsion plasma ne dure que 30 nanosecondes (30 milliardièmes de secondes), précise Serge Larigaldie. Ensuite, on observe une traînée de post-décharge. On pense jouer sur cette dernière à l’aide de la tension sur la pointe pour amplifier le phénomène de rattachement de la flamme. »
Furtivité La furtivité pourrait également bénéficier des progrès sur les plasmas. Les informations sur ces recherches confidentielles restent succinctes. Les entrées d’air créent un problème majeur de furtivité radar pour les avions de combat : elles renvoient l’écho d’un radar adverse dans la direction de ce dernier, à l’image des catadioptres des vélos qui reflètent si efficacement les rayons des phares. « Nous essayons de mettre dans l’entrée d’air des plasmas suffisamment denses pour absorber les ondes qui, ainsi, ne seront pas renvoyées », expose Serge Larigaldie. Les chercheurs de l’Onera ont découvert une décharge électrique d’un type peu connu, Exploration spatiale Complexe et prometteur L’aspect pluridisciplinaire de l’Onera est un avantage certain pour toutes ces recherches. En effet, l’organisme dispose d’équipes spécialisées dans tous ces domaines : combustion, aéronautique, furtivité, propulsion ionique, et bien sûr plasmas. Mais si ces recherches sont très prometteuses, elles sont aussi extrêmement complexes. « Les premiers concepts ayant abouti aux téléviseurs à plasmas ont quarante ans, rappelle Serge Larigaldie, et les applications grand public ne sont apparues que récemment, malgré des efforts de recherche énormes. De même, les applications des recherches actuelles prendront du temps, mais elles auront vraisemblablement des conséquences très importantes. »
Cécile Michaut, journaliste scientifique
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