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L'ONERA dévoile les 70 ans de son histoire

Les événements qui ont présidé à sa création

En 1945, tout est à reconstruire

Après la guerre, l'industrie et la recherche aéronautique de la France sont dévastées. Pour combler son retard technologique vis-à-vis des Forces Alliées, la nation décide de reconstruire la recherche aéronautique française.

En 1945, le Ministère de l'Air constitue un « Conseil Supérieur provisoire Scientifique de l'Air » composé des plus éminents scientifiques français et des spécialistes en technologie aéronautique : Le prince Louis de Broglie, l’ingénieur général Paul Dumanois, le prix nobel de chimie Frédéric Joliot-Curie, le professeur Joseph Pérès, l’ingénieur général des Mines Maurice Roy et le chef du cabinet du Ministre de l'Air, René Jugeau.

I.G.Suffrin-Hébert
I.G.Suffrin-Hébert
I.G. Bonte
I.G. Bonte
M. Benoît
M. Benoît
P. Rebuffet
P. Rebuffet

Il faut citer également les ingénieurs généraux militaires de l'Air, Champsaur, Poincaré (alors directeur du GRA), Suffrin-Hébert, Bonte. Ainsi que M. Benoît, administrateur du GRA, le professeur Teissier (directeur du CNRS) et M. Rebuffet (directeur de la Grande Soufflerie de Chalais-Meudon, S.R.A.). Ils participeront aux délibérations du Conseil Supérieur provisoire ou de ses diverses commissions de travail.

La Mission du Conseil Supérieur provisoire Scientifique de l'Air est de réorganiser la recherche aéronautique. Le retard accumulé peut être comblé, à condition d'agir vite et de consentir de réels efforts financiers, pour doter la France d'une aviation moderne. La guerre a permis des révolutions technologiques majeures (propulsion à réaction notamment) qui changent la donne et ouvrent la voie à de nouvelles explorations scientifiques et techniques. La France décide donc de réunir tous les moyens de recherche appartenant à l'État ou financés par l'État au sein d'un organisme public.

1946, année de la fondation de l'ONERA

Les cinq sociétés nationales de constructions aéronautiques (SNCAN , SNCASO , SNCAC , SNECMA, SNCASE) créent une filiale, la S.N.E.R.A. (Société nationale d'études et de recherches aéronautiques) dont René Jugeau sera le directeur général du 1er octobre 1945 au 30 novembre 1946. Un cadre juridique qui permet la création de l'ONERA, dont la naissance sera actée, le 3 mai 1946, par une loi votée à l'unanimité par l'assemblée nationale constituante.

Décret 1946

Les principes de la création de l'ONERA sont clairement exposés dans la loi de 1946 par la «nécessité de réorganiser la recherche aéronautique et pour y parvenir de rassembler sous une direction scientifique commune les organismes qui travaillent actuellement en ordre dispersé et de faire exécuter les recherches par des hommes qui y seront préparés et qui feront leur carrière dans la recherche, dans un cadre favorable à leur épanouissement ; ce cadre doit être une organisation souple où les chercheurs ne seront pas enfermés dans un statut rigide.»

D'après la loi, l'ONERA est un établissement public à caractère industriel et commercial, doté d'une personnalité juridique et est placé sous l'autorité du département responsable de l'Air. Son statut lui confère une réelle souplesse de gestion.

L'article 2 de la loi fixe sa mission qui est « de développer, d'orienter et en liaison avec le CNRS, de coordonner les recherches scientifiques et techniques dans le domaine de l'aéronautique... ». Une mission qui est élargie au domaine spatial en 1961. (cf. www.onera.fr/fr/missions-et-objectifs).

Le 12 juin de la même année, un règlement d'administration publique précise son mode de fonctionnement, définit les pouvoirs du directeur, le rôle du conseil d'administration et du conseil scientifique ainsi que la nature de son financement. Le cadre juridique de l'institution est ainsi posé. Il ne reste plus qu'à lui donner corps et à le mettre en marche...

En septembre 1946, un grand nombre de services ou d’établissements chargés de recherche aéronautique, disséminés dans toute la France, sont dissous pour être intégrés à l’ONERA. Sont concernées des équipes situées à Paris, Neuilly, Chalais-Meudon, Palaiseau, Brétigny, Lille, Modane, Grenoble, Cannes, Toulouse, Alger-Maison-Blanche, plus divers détachements scientifiques. Au début, l’Aérodynamique comprend 230 personnes dispersées en onze lieux de travail, la Physique générale 230 personnes en neuf lieux de travail, l’Energie et la Propulsion, les Matériaux et Structures environ 265 personnes en cinq lieux de travail.

Peu à peu, un certain regroupement se fait à Châtillon dans une bâtisse inachevée depuis dix ans et qui, vers les années 1934/1935, a fait l’objet du scandale dit de la « Renaissance Sanitaire » (affaire Stavisky). Elle domine toute la banlieue sud de sa haute carcasse de béton et, au-dessus du 12ème étage, les premières personnes arrivées découvrent un édicule, déjà anachronique, qui perché en haut d’un escalier en colimaçon, n’était qu’une plate-forme pour mitrailleuse, édifiée par les Allemands afin de contrôler et défendre le secteur ! Les visiteurs qui ont pu admirer, du haut de la salle d’exposition, les perspectives d’Orly, du Mont Valérien, de Montmartre, n’imaginent pas ce qu’était l’installation des premiers temps : la poussière des travaux inachevés, le froid du ciment nu, la fumée des poêles qui pique les yeux et celle du goudron qui irrite la gorge… Le regroupement des effectifs ne prendra vraiment fin qu’à l’achèvement des investissements engagés à Châtillon mais aussi à Palaiseau et à Modane. Le travail quotidien donne déjà ses fruits, comme en témoignent la publication régulière à cette époque de la Recherche Aéronautique, ainsi que les Publications et Notes Techniques de l’ONERA.

Châtillon en construction en 1948
Châtillon en construction
en 1948
Panorama du centre de Châtillon et de sa région
Panorama du centre de
Châtillon etde sa région
Le centre de Châtillon en 1953
Le centre de Châtillon
en 1953

 

En savoir plus :

Articles Aviation Française 11 juillet 1945 :
La société nationale d’études et de recherches aéronautiques est née
La société nationale d’études et de recherches aéronautiques vient d’être créée
Ce que nous ont déclaré M. René Jugeau et l’Ingénieur général Suffrin-Hébert

Article Aviation Française du 16 octobre 1946 :
Le Conseil d’administration de l’ONERA est constitué

Procès-verbaux du conseil d’administration de 1946 :
CA du 10 octobre 1946
CA du 19 octobre 1946
CA du  23 novembre 1946


Crédits photos :
ONERA pour la biographie de M. Pierre
Marc Rapin, DADS pour les extraits d'Aviation Française 1945 et 1946
ONERA, Wikipédia.
Yves Aurenche, ingénieur retraité de l’ONERA.

Références :
Les nouvelles de l'ONERA n° 7, juin 1966, notes et souvenirs sur la fondation de l'ONERA, par Jean Dubois
50 ans de recherches aéronautiques et spatiales, © ONERA - Paris, 1997.
L'histoire de l'aviation pour les nuls, Philippe Benhamou, First Editions, 2010.
Comaero, un demi-siècle d'aéronautique en France, Etudes et Recherches (I) Les cahiers du CHEAr, chapitre 1, pp.13-14
Wikipédia.fr

1945 : une naissance sous l'égide de parrains prestigieux

Le prince Louis de BroglieLe prince Louis de Broglie, Prix Nobel de Physique 1929 pour sa découverte de la nature ondulatoire des électrons. Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, il deviendra par la suite membre du conseil scientifique de l'ONERA.

 

L'Ingénieur général Paul DumanoisL'Ingénieur général Paul Dumanois, qui a présidé le Groupement Français pour le développement des Recherches Aéronautiques. Il sera président du conseil d'administration de l'ONERA de 1946 à 1949 et membre de son conseil scientifique.

 

Frédéric Joliot-CurieFrédéric Joliot-Curie, Prix Nobel de Chimie 1935 avec Irène Curie, pour leur synthèse de nouveaux éléments radioactifs, membre de l'Institut du radium, Haut-Commissaire à l'énergie atomique, professeur au Collège de France. Il sera membre du conseil d'administration et du conseil scientifique pendant les premières années de fonctionnement de l'ONERA.

 

Joseph PérèsJoseph Pérès, professeur à la Sorbonne, sous-directeur du CNRS, conseiller scientifique du Service de Recherches Aéronautiques et administrateur du GRA. Il sera vice-président du conseil d'administration de l'ONERA pendant 14 ans et participera activement jusqu'à la fin de sa vie aux travaux du conseil scientifique, parallèlement à sa charge de doyen de la faculté des sciences.

 

Maurice RoyMaurice Roy, ingénieur général des Mines, professeur à l'école Polytechnique, correspondant de l'Académie des Sciences. Il est membre du conseil scientifique et dirige l'ONERA de 1949 à 1962.

 

René JugeauRené Jugeau, ingénieur chimiste et chef d'un laboratoire de recherche avant la guerre. Chef du cabinet du Ministre de l'Air il s'occupe, dès 1945, du projet de création de l'ONERA. Il en sera nommé directeur en 1946 et peut être considéré comme le « fondateur » de l'ONERA.