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Parole de partenaire

Michèle Leduc* et Emmanuel Rosencher** : "le partenariat LKB - Onera, un levier de compétitivité"

* Laboratoire Kastler Brossel - physique quantique et applications, Paris
** Onera

Si les liens qui unissent l’Onera et l’industrie aérospatiale sont bien connus, ses multiples coopérations avec la recherche fondamentale le sont beaucoup moins. Elles sont pourtant d’une importance vitale pour les deux parties, qui s’enrichissent mutuellement de leurs échanges réciproques. Démonstration par Michèle Leduc, directrice de l'Institut francilien de recherche sur les atomes froids (IFRAF) au laboratoire Kastler Brossel (LKB), acteur majeur de la physique fondamentale des systèmes quantiques dans le monde, et Emmanuel Rosencher, Directeur scientifique de la branche Physique à l’Onera.  

 

L'interview

Qu’est-ce qui motive la coopération entre le LKB et l’Onera ?

Michèle Leduc et Emmanuel RosencherMichèle Leduc et Emmanuel RosencherMichèle Leduc : Les pouvoirs publics insistent beaucoup depuis quelques années pour que la recherche fondamentale alimente la recherche appliquée et favorise l’innovation, au bénéfice du pays. Nos collaborations vont dans ce sens. Bien sûr, le LKB n’est pas impliqué directement dans les développements. Mais nos relations favorisent l’utilisation de nos découvertes dans des applications que l’Onera est en position d’identifier, de par sa proximité avec l’industrie.

Emmanuel Rosencher : Le principal intérêt, c’est l’apport scientifique, bien sûr. Dans un monde extrêmement concurrentiel comme celui de la recherche appliquée, posséder une longueur d'avance est pratiquement une question de survie. Or, cette avance ne peut se gagner qu’en allant capter les potentiels de la recherche fondamentale à la source, ce qui exige un dialogue constant, proche et articulé avec les meilleurs laboratoires. Si l’on devait attendre que les recherches soient publiées ou visibles à l’extérieur pour se les approprier, la course serait perdue d’avance. Il est dans la vocation de l’Onera d’être un « pont », un « maturateur de technologies » entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée dans les domaines de la défense et de l’aéronautique.

Comment s’effectue la collaboration LKB-Onera ?

Recherches en optique non linéaire à l'Onera. Photo Antoine GoninM. L. : Depuis les années 70, période où nous avons mené des recherches communes sur l’optique non linéaire, beaucoup de thésards de l’Onera sont encadrés au LKB, et réciproquement. En effet, l’une de nos missions est de former de jeunes chercheurs, doctorants ou post-doctorants, qui viennent dans nos laboratoires. La collaboration avec de grands groupes ou des instituts comme l’Onera leur offre des débouchés. Ainsi, aucun de nos chercheurs ne s’est retrouvé au chômage en nous quittant. Car il ne faut pas se voiler la face : les réalités actuelles font que ces chercheurs ne peuvent pas tous poursuivre dans le monde académique, comme maître de conférence ou chercheurs.

De plus, le contact avec l’Onera peut aussi nous suggérer des sujets de recherche. Cela a été le cas avec les anomalies Pioneer, du nom de la sonde qui a quitté le système solaire il y a quelques années, et qui dévie légèrement de sa trajectoire théorique, pour des raisons que l’on ne comprend pas bien encore. Ce problème initialement identifié par la NASA, a rebondi à l’Onera, qui a du coup fait appel à l’expertise du LKB pour essayer de comprendre ces phénomènes.

Sur quels autres sujets de recherche travaillez-vous en commun ?

M.L. : Nous menons des recherches parallèles dans un domaine très fécond, celui des « atomes froids », des atomes refroidis à des températures très proches du zéro absolu, qui de ce fait présentent des propriétés singulières. Ce sont des recherches fondamentales, qui ont débouché sur des applications concrètes, la principale étant la mise au point d’horloges atomiques à atomes froids, les plus exactes au mondeGirafonEnceinte à ultravide du gravimètre interférométrique de recherche à atomes froids de l'Onera (Girafon). Avec notre position à la pointe dans ce domaine, la France a été la première à développer une horloge à fontaine d’atomes froids de césium, basée à l’Observatoire de Paris. Sa marge d’erreur est d’une seconde pour 100 millions d’années ! Ces recherches pourraient également déboucher sur la mise au point de gyromètres et de gravimètres à ondes de matière, susceptibles de remplacer un jour les technologies actuelles pour la navigation ou la géophysique.

E.R. : Autre domaine extrêmement intéressant, celui des résonateurs mécaniques en régime quantique. La nouveauté vient de ce que l’on parvient à donner à un système macroscopique des propriétés quantiques, qui n’étaient jusqu’alors observées qu’à l’échelle atomique ou subatomique. Nous menons aussi des recherches extrêmement originales, en collaboration avec le Professeur Claude Fabre, sur les aspects quantiques de la lumière émise par des corps noirs ou des oscillateurs paramétriques optiques.  Au regard de la richesse de ces collaborations et de leur portée applicative, on comprend que s’ouvrir l’un à l’autre – l’Onera et la recherche académique – est fondamental.

 

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